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 Hathor et l'ivresse

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Diana


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MessageSujet: Hathor et l'ivresse    Jeu 6 Mar 2014 - 21:03



Jadis, aux rives du Nil, ce qu'aujourd'hui les gouvernements pourchassent et condamnent,
à savoir le généreux usage du liquide alcoolisé qui fait "voir la vie en rose", jouissait
d'un honorable privilège : celui d'accéder à la divinité ; plus sûrement encore que par la
prière la plus fervente, l'homme suffisamment imprégné de l'effet enivrant du vin " deux fois
bon de l'oasis " ou de la bière enrichie se rapprochait de son Dieu; lequel pouvait alors lui inspirer la vision qui porte remède aux maux de cette vallée de larmes.

En ces temps là, être "pompette" n'était pas un crime à priori. Toutefois l'ivresse publique, désordonnée, qui conduit l'individu en état d'ébriété à molester les passants, démolir les murs de briques crues des maisons pour les jeter à la tête de ceux qui, depuis les ruelles, essaient de calmer un peu de forcené, n'est pas chose conseillée même aisément admise. Si l'on boit bien et sec, c'est pour passer "un jour heureux", et non pas dépasser les bornes de la convenance. L'idéal de l'ivresse qui ne fait pas trébucher.

A cette ivresse "convenable" il existait un précédent de taille : la tradition relative à l'Oeil de Rê conservé pour l'essentiel dans le "Livre de la Vache du Ciel" des tombes royales du nouvel Empire, mais dont les premiers témoins apparaissent dés que le début de l'Histoire d'Egypte. Relatant, sous forme de récit légendaire, le temps lointain des bouleversements climatiques du néolithique; qui aboutissent à la désertification de l'Afrique Orientale, les archives sacrées de la Vallée rendaient ainsi les évènements :

"Excédé des méfaits des humains à qui il avait donné le monde, le Créateur Rê-Atoum décida de les détruire. Il mua son extraordinaire pouvoir d'embrasement toute chose en un uraeus (cobra) crachant le feu, son "oeil" destructeur.
Puis, afin de ne procéder qu'au massage des humains afin de ne pas endommager le reste de la création, il lui donna forme de LIONNE dévorante et qui, malgré cela, continuait à être de feu; car aux dires de la version récente du récit (en démotique) : "les buissons eux-même crépitaient sous les flammes à son passage".
--> Derrière les images, se dissimule l'effroyable réalité que subirent les hommes de l'Est africain lorsque disparurent les pluies et les fleuves et mares s'asséchèrent totalement, le soleil détruisait la vie.
Ceci paraissait tellement impossible pour les anciens égyptiens qu'ils estimèrent que le miracle du nil ne pouvait provenir que d'un remord du souverain de l'Univers devant l'ampleur du désastre. Contraire à l'ordre de Maât, cet équilibre indispensable de tous les cycles naturels, l'élimination de l'Homme, sa propre créature ne pouvait demeurer l'oeuvre de Rê.
Celui-ci donc devait rappeler son "oeil" déchainé, et très vite, à peine de le voir déchainer à tout contrôle, et ne plus être l'instrument de punition de l'Omni-puissant mais, à rebours, le Mal; dominateur des forces de l'équilibre du monde, Rê lança injonction à l'Oeil de Rê, la Lionne puissante SEKHMET, d'avoir à quitter le Sud où elle exerçait alors ses ravages.

De l'extrême Nubie soudanaise où elle sévissait, Sekhmet narga Rê. Loin au Nord, à Héliopolis, celui-ci envoyait messager sur messager, mais la Furieuse se délectait tant du sang des humains que plus rien ni personne n'était en mesure de la dompter. La seule vue d'un homme la comblait d'aise, assurément, mais pour le dévorer. Le stratagème qui devait réussir, mis au point en désespoir de cause, fut d'expédier sous l'apparence d'un Babouin (malin comme un singe dit-on) celui qui devait approcher Sekhmet et, surtout la duper pour la ramener à la raison. Thot, d'autres traditions nomment Shou ou Khonsou Shou, atteignit le lointain Soudan. La Lionne n'avait plus laissé âme qui vive et le paysage était saccagé; surtout faute d'hommes, le félin s'attaquait à n'importe quoi désormais, et manquant du sang des hommes qui lui était devenu essentiel, elle s'enfonçait de plus en plus vers le coeur de l'Afrique en quête de nouvelles proies.

Génie du singe sauveur des hommes, ou ruse grossière à l'usage d'une brute animale que le sang rend fou, toujours est-il que le piège tendu par Thot fonctionna parfaitement. Pendant que Sekhmet assoiffée, à jeun, errait de ci de là avant que la nuit tombe, il repéra un marigot asséché. Il avait bien muri son affaire, la latérite du fond de la cavité était bourrée d'ocre rouge (le Didi des anciens égyptiens) et, mouillée, le liquide qui l'imprégnerait allait acquérir la couleur et la consistance du sang à défaut d'en avoir l'odeur. Epuisée, quelque part au loin, la Lionne avait abandonné la quête et l'obscurité la forçait au sommeil.
Alors le chef Babouin et ses congénères rameutent brassèrent autant de bière additionné d'alcool de figues et de dattes fermentées qu'il était nécessaire pour remplir la marre. Ils l'agitèrent bien, veillant surtout à ce qu'à l'aube, quand Sekhmet s'éveilla, la mare fut rouge, terriblement rouge et aussi que la succulente odeur d'alcool se répandit au vent.
Les babines de la furieuse ne purent faire autre chose, au souffle d'air de l'aube, que de capter le délicieux fumet. Quelques bonds et la flaque rouge est atteinte, et la privation atroce aidant, d'un coup le félin lape le contenu. On imagine l'effet le soleil chauffant bientôt. Saoule comme jamais, elle ne l'avait jamais été jusqu'ici, l'oeil Lionne titube quelques pas puis s'effondre terrassée. Elle dort.

Son sommeil terminé, de longues heures plus tard, elle a tout oublié; et Rê, vainqueur de sa propre chair, de sa propre substance qu'il avait cru un temps de plus pouvoir maitriser, donne à l'Oeil calmé l'apparence la plus charmante et de la plus désirable, celle de la jeune et belle femme qu'est HATHOR, Dame de l'amour humain, de la beauté et de la félicité retrouvée, celle dont le rayonnement mystique l'environne de turquoise et de lapis lazuli, du vert et de la fayence, et de tous les végétaux richement nourris de l'eau du miracle.

L'eau du miracle, là est bien le noeud de toute l'affaire. L'astuce du Babouin est celle qui renverse le cours des inexorables catastrophes naturelles. Le substitut du sang de l'homme est un mélange d'eau et de produits fermentés, certes, mais il est plus. Il est le SYMBOLE du retour à l'équilibre. Tout comme il y a des temps infinis le fut, pour les humains mourant, le déferlement des premières eaux de Hâpy, notre Nil dévalant des hauts plateaux du Kenya, ou d'Ethiopie au temps voulu de l'année. Là où plus aucune lionne, plus aucun signe, plus aucun homme n'avait bu, des années de misère durant, apparaissait l'eau et renaissait la vie. Dés lors on ne peut plus parler de mythe mais d'images du monde : quand le soleil se conjugue avec la domination des eaux, il y a la Vallée, il y a l'Egypte; et désormais au lointain Sud, à chaque cycle renouvelé selon Maât, l'Oeil de Rê, barbouillé du rouge ocre de Nubie fait sa transformation en la divine douceur d'Hathor, s'extrait de la peau rougeâtre de la lionne pour être l'eau bleue de la naissance, succédant au liquide vital qui, répondu et bu par le néant est la Mort.

Un tel miracle ne pouvait qu'être désormais commémoré, et préparé par le rite, si l'on voulait qu'annuellement l'eau de la vie à la période de la grande chaleur - le grand embrasement des textes - vint tempérer et calmer la fureur de l'Oeil solaire que Juin et Juillet déchainent en Terre d'Egypte. Aussi avant le temps du lever héliaque de Sothis, vers le 19 juillet, où était annoncé le retour annuel du flot salvateur d'Hâpy depuis le lointain Sud, célébraient-on dans tous les sanctuaires de la Vallée, la solennité de "celle qui est revenue", ou "celle qui est ramenée". La belle fête d'Hathor commençait et son moment essentiel était "l'apaisement de sa chaleur embrasée" ou "rituel de la puissante sekhmet".
Avec force boissons alcoolisées, on préparait alors dans tous les ateliers sacrés, le liquide rouge que l'on offrirait à Sekhmet-Hathor au milieu des chants, des danses, de la musique effrénée des sistres, et des luths.
L'ivresse maitresse régnait en maitresse ces jour-là et, dépassant largement les murs des enceintes sacrées, permettait au bon peuple de boire autant qu'il en avait envie et sans que nul pût y trouver à redire, car c'était en l'honneur d'Hathor, dame de l'ivresse, dame de la musique et des chants.
C'était encore, pour tout ceux qui devaient faire appel à la justice divine, ou plus simplement, faire preuve de clairvoyance, l'occasion d'utiliser le breuvage offert à Hathor-Sekhmet (Oeil de Rê). (...)



Source : Jean claude Goyon
Institut égyptologie Victor Loret
Université lumière Lyon 2







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